Compte pénibilité

Compte pénibilité : les obligations de l’employeur

Vérifié le 25 septembre 2017 – Direction de l’information légale et administrative (Premier ministre)

Transformation du compte pénibilité en compte professionnel de prévention

25 sept. 2017 – Direction de l’information légale et administrative (Premier ministre)

L’ordonnance n°2017-1389 du 22 septembre 2017 transforme le compte personnel de prévention de pénibilité (C3P) en compte professionnel de prévention (C2P). Ses modalités d’application feront l’objet de décrets à venir. Dans l’attente, cette fiche reste d’actualité.

Tout employeur a une obligation de prévention de la pénibilité au travail, quels que soient la taille de l’entreprise, son statut juridique et ses activités. Lorsqu’un salarié est exposé à des facteurs de pénibilité au-delà de certains seuils, l’employeur doit établir une déclaration et mettre en place un compte personnel de prévention de la pénibilité (CPPP) qui permet l’acquisition par le salarié exposé de points cumulés sur le compte (1 point par trimestre d’exposition)

La pénibilité se caractérise par une exposition pendant une année complète, au-delà de certains seuils, à un ou plusieurs facteurs de risques pouvant laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé.

L’employeur est soumis aux obligations suivantes :

  • effectuer chaque année une évaluation de l’exposition à la pénibilité de chaque travailleur en fonction de ses conditions de travail ;
  • consigner, en annexe du document unique d’évaluation des risques professionnels, les données collectives d’exposition aux facteurs de pénibilité ;
  • renforcer les mesures de prévention et de protection collective et individuelle (par exemple, le port de casque anti-bruit peut permettre de rester en-dessous du seuil d’exposition au bruit).

Pour être prise en compte, la pénibilité doit avoir une intensité et une durée minimales, évaluées selon des critères quantifiables liés à :

  • des contraintes physiques marquées ;
  • un environnement physique agressif ;
  • certains rythmes de travail.

Les seuils sont appréciés après prise en compte des moyens de protection collective et individuelle mis en œuvre par l’employeur.

Tous les salariés de l’entreprise doivent être pris en compte, quel que leur contrat (CDI ou CDD au-delà d’1 mois) ou la durée de travail (sauf pour les CDD égaux ou inférieurs à 1 mois qui sont exclus).

Critères et seuils de pénibilité
Facteurs de pénibilité Intensité minimale Durée minimale
Interventions ou travaux exercés en milieu hyperbare (haute pression) 1 200 hectopascals 60 interventions ou travaux/an
Travail de nuit * 1 heure de travail entre minuit et 5h 120 nuits/an
Travail en équipes successives alternantes (travail posté en 5×8, 3×8…) Minimum 1 heure de travail entre minuit et 5h 50 nuits/an
Travail répétitif caractérisé par la répétition d’un même geste, à une fréquence élevée et sous cadence contrainte
  • 15 actions techniques ou plus pour un temps de cycle inférieur ou égal à 30 secondes
  • 30 actions techniques ou plus par minute pour un temps de cycle supérieur à 30 secondes, variable ou absent
900 heures/an
Manutentions manuelles de charges lourdes
  • Lever ou porter plus de 15 kg
  • Pousser ou tirer des charges plus de 250 kg
  • Se déplacer, prendre au sol ou à une hauteur située au dessus des épaules des charges de plus de 10 kg
600 heures/an
Cumul de manutentions de charges 7,5 tonnes cumulées par jour 120 jours/an
Postures pénibles (position accroupie ou à genoux) 900 heures/an
Vibrations mécaniques
  • Vibrations de 2,5 m/s² transmises aux mains ou aux bras
  • Vibrations de 0,5 m/s² transmises à l’ensemble du corps
450 heures/an
Agents chimiques dangereux (ACD) Seuil déterminé pour chacun d’eux dans une grille d’évaluation fixée par arrêté
Températures extrêmes (sans tenir compte des températures extérieures)
  • en-dessous de 5° C
  • au-dessus de 30° C
900 heures/an
Bruit 81 décibels pendant 8 h 600 heures/an
crête de 135 décibels 120 fois/an

* Le travail de nuit effectué sous forme d’astreinte à domicile est pris en compte uniquement pour le temps d’intervention effectif. En revanche, l’astreinte, effectuée sous forme de veille sur le lieu de travail, est considérée comme du temps de travail dans sa globalité.

Le compte personnel de prévention de la pénibilité (CPPP), plafonné à 100 points sur l’ensemble de la carrière, permet au salarié exposé de cumuler des points (1 point par trimestre d’exposition) qui ouvrent droit à :

  • une action de formation professionnelle en vue d’accéder à un emploi pas ou moins exposé (1 point = 25 heures de formation) ;
  • un passage à temps partiel sans baisse de rémunération (10 points = 1 trimestre à mi-temps) ;
  • un départ anticipé à la retraite (10 points = 1 trimestre de droits à la retraite).

Les 20 premiers points obtenus sur le compte sont réservés à la formation professionnelle.

Chaque année , l’employeur doit déclarer aux caisses de retraite les facteurs de pénibilité auxquels a été exposé chaque salarié au-delà des seuils, dans le cadre de la déclaration annuelle des données sociales DADS par la déclaration sociale nominative (DSN).

La Carsat informe ensuite les salariés de leur exposition et des points dont ils bénéficient dans un relevé annuel.

Pour effectuer sa déclaration et déterminer l’exposition des salariés aux risques, l’employeur peut utiliser les postes (ou métiers) définis par :

Les informations contenues dans la déclaration sont confidentielles et ne peuvent pas être communiquées à un autre employeur.

Les dépenses liées à l’utilisation du compte pénibilité par le salarié sont prises en charge par un fonds financé par 2 cotisations de l’employeur :

  • une cotisation de base, due par tous les employeurs (même ceux non concernés par les facteurs de pénibilité), correspondant à 0,01 % des rémunérations ;
  • une cotisation additionnelle, due par les employeurs de salariés exposés, calculée sur les rémunérations des salariés exposés, et fixée à :
    • 0,1 % pour 2016 (ou 0,2 % pour les salariés exposés simultanément à plusieurs facteurs de pénibilité) ;
    • 0,2 % pour 2017 (ou 0,4 % pour les salariés exposés simultanément à plusieurs facteurs de pénibilité).

Cette cotisation est réglée une fois par an. Cette année, elle doit être payée :

  • au plus tard le 31 janvier;
  • ou le 15 février pour les employeurs de salariés agricoles.

Conclure un accord collectif ou élaborer un plan d’action en faveur de la prévention de la pénibilité au travail est obligatoire pour les entreprises :

  • d’au moins 50 salariés (ou appartenant à un groupe d’au moins 50 salariés) ;
  • et dont la moitié de l’effectif est exposé à un ou plusieurs facteurs de pénibilité au-delà des seuils prévus.

L’accord (d’entreprise ou de groupe ou de branche étendu) ou le plan d’action (d’entreprise ou de groupe) doit traiter d’au moins un des thèmes suivants :

  • la réduction de l’exposition à plusieurs facteurs de pénibilité au-delà des seuils prévus ;
  • l’adaptation et l’aménagement du poste de travail ;

Il doit également aborder au moins 2 des thèmes suivants :

  • l’amélioration des conditions de travail, notamment sur le plan organisationnel ;
  • le développement des compétences et des qualifications ;
  • l’aménagement des fins de carrière ;
  • le maintien en activité des salariés exposés aux facteurs de pénibilité.

L’accord (ou le plan d’action), conclu pour 3 ans maximum, prévoit les mesures de prévention basées sur un diagnostic préalable des situations de pénibilité.

L’accord ou le plan d’action de prévention de la pénibilité doit être déposé auprès de la Direccte compétente. Comment déposer un accord d’entreprise ?

Chaque thème retenu doit être accompagné d’objectifs chiffrés et d’indicateurs de réalisation qui doivent être communiqués, au minimum une fois par an, au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ou, à défaut, aux délégués du personnel.